VERS UNE GENDERISATION DE LA MACROECONOMIE : SOUBASSEMENTS THEORIQUES ET PROBLEMATIQUE

Brahim Mansouri
brahimmansouriuca@gmail.com

2019 / 6 / 7

VERS UNE GENDERISATION DE LA MACROECONOMIE : SOUBASSEMENTS THEORIQUES ET PROBLEMATIQUE
DE MODELISATION ECONOMETRIQUE DE LA
FEMINISATION DE LA FORCE DE TRAVAIL

Brahim MANSOURI et Lhoussein BAOUZIL


NB : Dr. Brahim MANSOURI est professeur de sciences économiques à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech (Maroc). Dr. Lhoussein BAOUZIL est chercheur en sciences économiques à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech (Maroc).

ABSTRACT:
Dans le cadre d’une analyse macroéconomique en termes d’inclusion, ce papier est focalisé sur l’épineuse problématique de la "gendérisation" de la macroéconomie. Il traite en particulier la question de l’intégration de la femme dans le marché du travail et tente de comprendre les déterminants de la féminisation de la force de travail en rapport avec des facteurs potentiellement explicatifs tels qu’ils sont puisés dans la littérature économique disponible.
En plus des fondements théoriques de la "gendérisation" de la macroéconomie, de la ségrégation que les femmes affrontent sur le marché du travail et du comportement de la féminisation de la force de travail, notre papier s’efforce d’appréhender la modélisation économétrique du taux de participation des femmes à la force de travail.
Il semble que les soubassements théoriques abordés ainsi que les processus de modélisation économétrique discutés importent pour des recherches ultérieures plus approfondies pour des cas de pays pris isolément comme pour des échantillons de pays dans le cadre d’une modélisation économétrique sur données de panel.

• REMARQUES INTRODUCTIVES :
Le sexe est une caractéristique biologique qui constitue une donnée pour l individu. Les mêmes différences biologiques entre la femme et l homme existent dans tous les pays, et ses différences ne changent pas dans le temps. Quant aux différences de genre, elles sont acquises et elles constituent de ce fait une variable déterminée par les valeurs sociales et culturelles. Les disparités de genre varient à travers les pays et les régions ainsi qu en fonction du temps. Ces différences peuvent être modifiées grâce notamment à l éducation, aux politiques publiques, aux mass-médias et à l opinion publique en général.
Comme le pense Diop (1998, P : 121), "le féminisme est un courant de pensée issu des mouvements de lutte des femmes". Cependant, si les femmes sont arrivées à se réunir et à militer au sein d associations et d -union-s féministes, il n en demeure pas moins qu une large partie de la communauté des femmes vivent dans le silence. Cela ne signifie pas évidemment que ces femmes ne ressentent pas l impact des inégalités de genre qui les frappent. En fait, l opprimé arrive à accepter la légitimité de l ordre inégal et devient un complice implicite. Néanmoins, il est erroné de considérer l absence de protestations et d interrogation de l inégalité comme un argument favorable à l absence d une telle inégalité (Elson, 1991a, P : 3).
Sur le plan de la recherche scientifique, si certaines disciplines des sciences sociales ont pu s intéresser aux rapports sociaux du genre, la science économique a conféré peu d attention à ce domaine. Il y a peu de femmes en économie comme profession par rapport à certaines disciplines comme la sociologie et l anthropologie : alors qu il existe de substantiels travaux constituant la sociologie et l anthropologie féministes, il y a très peu d économie féministe. Certes, certains domaines de la science économique comme l économie du marché du travail et la nouvelle économie du ménage reconnaissent l inégalité du genre. Toutefois, les différences de genre ne sont pas théorisées en termes d inégalités de pouvoir, bien qu une attention soit conférée à la discrimination contre les femmes. Dès lors, des efforts doivent être déployés en vue d intégrer les relations sociales du genre en sciences économiques, notamment en macro-économie (Dow, 2017).
C est dans ce cadre que nous aspirons à contribuer autant que faire se peut aux débats sur le genre et le féminisme. L un des thèmes les plus marginalisés dans le domaine de l économie féministe est l étude de la relation entre le genre et les programmes de libéralisation économique entrepris dans le cadre de ce qui est communément appelé les programmes d ajustement structurel. Notre projet de recherche va dans cette -dir-ection en explorant les pistes possibles d’une étude analytique et empirique sur l impact de la libéralisation économique sur la féminisation de la force de travail. L objectif est d étudier analytiquement et empiriquement les effets de certaines variables liées à la libéralisation économique, en plus d autres variables explicatives, sur les processus de féminisation de la force de travail, notamment dans les pays moins avancés.
La présente étude est organisée de la manière suivante. Dans une première section, nous présentons des éléments relatifs à la problématique de la recherche, à ses Objectifs et à ses hypothèses centrales. La deuxième section est consacrée à la présentation d une revue de la littérature existante en la matière ainsi qu aux fondements théoriques de l étude en question. Quant à la troisième section, elle aborde des questions liées à la méthodologie de travail destinée à réaliser les objectifs assignés à l’étude.
I- PROBLEMATIQUE, OBJECTIFS ET HYPOTHESES DU PROJET DE RECHERCHE :
1- PROBLEMATIQUE GENERALE :
Les questions fondamentales que pose le projet de recherche peuvent être formulées comme suit :
a- Quel est l état d avancement de l économie féministe? Comment peut-on intégrer le genre en macro-économie qui nous intéresse le plus dans cette étude?
b- Quels sont, d un point de vue de la théorie économique, les facteurs déterminant la ségrégation de genre sur le marché du travail?
c- La libéralisation entreprise dans le cadre des programmes d ajustement structurel est-elle neutre en termes de genre? Quels peuvent être ses effets sur la condition de la femme dans les pays en voie de développement d un point de vue conceptuel et empirique? En particulier quels peuvent être ses effets sur les processus de féminisation de la force de travail dans ces pays?
d- Quel est l intérêt de l empirisme dans ce domaine? Quelles sont les méthodes que nous pouvons adopter pour un développement des travaux empiriques en économie féministe?
e- En s inspirant des éclairages théoriques, comment pouvons-nous spécifier des modèles macro-économétriques destinés à appréhender l impact de la libéralisation économique sur les processus de féminisation de la force de travail dans le monde en développement?
f- En spécifiant, estimant et testant de tels modèles macro-économétriques, quels sont les résultats empiriques pouvant nous renseigner sur le sens des relations entre les variables liées à la libéralisation économique et la féminisation de la force de travail?

2- OBJECTIFS DU PROJET DE RECHERCHE :

a- Comprendre les relations sociales du genre dans une perspective économique.
b- Explorer les possibilités d intégrer le genre comme catégorie analytique en macro-économie.
c- Appréhender les effets de la libéralisation économique sur la situation économique et sociale de la femme en général, et la féminisation de la force de travail en particulier.
d- Saisir empiriquement le sens des relations entre certaines variables liées à la libéralisation économique, en plus d autres variables explicatives, d une part, et l intégration de la femme dans le marché du travail.
e- Ouvrir la voie à d autres travaux conceptuels et empiriques plus poussés permettant de mesurer les variables liées au genre, de spécifier des modèles empiriques, de les estimer et de les tester pour une meilleure compréhension de l économique dans sa relation dynamique avec les relations sociales du genre.
f- En appréhendant le sens des relations entre certaines variables et la féminisation de la force, l étude analytique et empirique suggère aux décideurs des repères visant à formuler et à conduire des politiques économiques et sociales efficientes en vue d une meilleure intégration de la femme dans le monde du travail.

3- HYPOTHESES CENTRALES DU PROJET DE RECHERCHE :
a- La nécessité d introduire le genre en sciences économiques ne répond pas à des questions d ordre purement idéologique. L économie féministe n appartient pas intégralement au seul royaume de l idéologie féministe : le biais "masculiniste" contre les femmes et en faveur de l homme est supposé avoir des répercussions économiques et sociales néfastes que les économies et les sociétés peuvent subir.
b- Il est possible d intégrer le genre en sciences économiques, et notamment d examiner et d appliquer des méthodes visant à introduire le genre en macro-économie qui nous intéresse le plus dans le projet de recherche.
c- L empirisme en sciences économiques permet d approfon-dir- l économie féministe en ce sens qu il permet de s interroger sur la validité de certaines théories et de forger d autres lois scientifiques.
d- L impact de certaines variables, et surtout celles liées à la libéralisation économique, sur les processus de féminisation de la force de travail, est ambigu-;- et seule une étude empirique permet de rendre compte de cet impact.
e- La libéralisation économique est un facteur d intensification de la féminisation de la force de travail.

II- REVUE DE LA LITTERATURE ET ECLAIRAGES THEORIQUES :
Nous abordons dans une première sous-section, les relations sociales du genre en sciences économiques en général, avant de nous pencher, dans une deuxième sous-section, sur l examen et l étude des possibilités d application de certaines méthodes visant à intégrer le genre dans un domaine particulier de l économie, à savoir la macro-économie. Nous discutons ensuite, dans une troisième sous-section, les théories économiques explicatives de la ségrégation-genre sur le marché du travail. Quant à la quatrième sous-section, elle est réservée à la discussion des travaux conceptuels et empiriques sur les effets de la libéralisation économique sur la situation économique et sociale de la femme en général et son intégration dans le monde du travail en particulier. Enfin, la cinquième sous-section aborde les quelques rares travaux théoriques et empiriques consacrés à l étude des déterminants de la féminisation de la force de travail.

1- SCIENCES ECONOMIQUES ET GENRE :
On assiste depuis moins de trois décennies, à l émergence de l économie féministe (Elson, 1991a, 1991b, 1993, 1995). Elle vise à intégrer le genre comme nouvelle catégorie analytique en économie, notamment en modifiant les paradigmes existants et en construisant de nouveaux éléments d analyse (Beneria, 1995).
Généralement, les économistes se sont intéressés depuis longtemps à certaines catégories d analyse comme les classes sociales (les classiques et les marxistes) et l individu (les néoclassiques). Pendant longtemps, "peu d économistes ont essayé d interroger la pensée économique d un point de vue féministe" (Hakiki-Talahit, 1991, P : 28). Aujourd hui, la communauté des économistes commence à se rendre compte de l intérêt d une analyse en termes du genre comme ensemble de relations socialement construites entre les hommes et les femmes. Comme le concept de classe sociale, le genre permet de comprendre le processus social dans sa globalité (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995). Or, le genre n appartient pas au seul domaine de la culture et de l idéologie : il est également reproduit dans les pratiques matérielles des hommes et des femmes. Le genre est un stratifiant de la vie sociale comme le sont la classe, la race et l ethnie. C est une base de la division du travail au sein de toutes les sociétés entre le travail productif et le travail reproductif. Alors que les activités productives sont -dir-ectement génératrices de revenu et très liées au marché, les activités reproductives s articulent autour de responsabilités impayées dont la charge est généralement assumée par les femmes. Il s agit d activités comme l entretien et le nettoyage de la maison, l éducation et la prise en charge des enfants, la préparation des repas, la prise en charge des malades ou des handicapés, le pompage d eau, et le ramassage du bois surtout dans les zones rurales. Ce n est pas à cause des caractéristiques biologiques que la femme est contrainte d assumer toutes ces responsabilités, mais c est à cause du genre, et donc du biais "masculiniste" défini comme étant "un biais sociétal qui opère en faveur de l homme comme genre et à l encontre de la femme comme genre" (Elson, 1991a, P : 2). Comme le montre Palmer (1995, P : 1983), "à cause de ses caractéristiques biologiques, plusieurs femmes passent une grande partie de leurs années les plus actives dans la grossesse et l allaitement. Mais, à cause du genre et non pas des caractéristiques biologiques, la plus grande part du travail consacré à la prise en charge des enfants est effectuée par la femme". Au sein de plusieurs cultures et à travers l histoire, les responsabilités reproductives qui contribuent au développement des activités productives sont généralement assumées par les femmes (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995). Cependant, les gouvernements dans les pays industrialisés assument partiellement la responsabilité de quelques activités reproductives comme l éducation et les soins de santé pour la mère et les enfants. La non prise en compte du travail reproductif impayé, surtout dans les pays en développement, "aussi bien lors de la mesure du niveau de l output agrégé que lors de l analyse des déterminants du revenu national, rend invisible une grande partie du travail effectué par les femmes. Une large partie des efforts déployés par les femmes n est pas reconnue comme une contribution essentielle à la formation de l output économique national" (Elson, 1991a, P : 8).
Le point de départ en économie féministe réside dans la compréhension de la ligne de démarcation entre les activités productives et celles reproductives. Au niveau micro-économique, il existe une littérature éparpillée sur cette question. C est ainsi que les économistes féministes ont critiqué les modèles de choix rationnels basés sur l hypothèse simplificatrice suivant laquelle l individu est autonome et rationnel. Ils plaident ainsi en faveur de la construction du concept de comportement humain qui reconnaît la construction sociale de l identité du genre aussi bien pour l homme que pour la femme (Feber and Nelson, 1993-;- England, 1993-;- Ç-;-agatay, Elson et Grown, 1995, De Henau, 2016). Les économistes féministes ont également critiqué le concept de ménage forgé dans le cadre de la "nouvelle économie du ménage" en appelant à une prise en considération des relations de pouvoir et de l existence aussi bien de la coopération que du conflit au sein de la famille. Ils ont aussi analysé la discrimination en fonction du genre sur le marché du travail. En raison de l importance de cet aspect théorique et des rapports étroits qu il entretient avec notre étude, nous y consacrerons toute une sous-section (cf. sous-section 3).

2- QUELLES POSSIBILITES POUR UNE MEILLEURE INTEGRATION DU GENRE EN MACROECONOMIE?
Les implications de l analyse du genre pour la macroéconomie sont faiblement explorées à l époque actuelle (Ç-;-agatay, Elson et Grown, 1995 -;- Dow, 2017). Cependant, des efforts se déploient présentement dans certaines -dir-ections en vue d introduire le genre comme catégorie analytique en macroéconomie (Alexander et Baden, 2000 -;- Visano, 2017 -;- Onaran, 2018). C est le cas notamment des travaux qui se focalisent sur la mesure agrégée des activités reproductives impayées dans le cadre des statistiques du revenu national et des comptes nationaux rattachés (Beneria, 1995 -;- Visano, 2017). C est le cas également d une littérature éparpillée sur les relations entre les tendances - genre de l emploi et les cycles économiques dans les pays industrialisés (Rubery, 1988-;- Ertrük and Ç-;-agatay, 1995 -;- Dow, 2017). C est le cas enfin des critiques féministes des programmes de stabilisation macroéconomique et des politiques d ajustement structurel auxquelles nous consacrerons une sous-section (cf. sous-section 4). Toutefois, ces recherches ne sont encore qu à leur début et plus d efforts doivent être déployés pour une intégration plus large du genre en macroéconomie (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995 -;- Dow, 2017).
Selon Elson (1993), la macroéconomie suppose généralement que l économie reproductive peut continuer à fonctionner adéquatement tant que sa relation avec l économie productive est laissée intacte. Peu d attention est conférée aux implications macroéconomiques de l économie reproductive. On continue à supposer implicitement que l économie reproductive s adapte aux changements induits par les variables macroéconomiques. Puisque les femmes exercent l essentiel de leur travail dans le secteur reproductif, la macroéconomie suppose que le travail féminin est illimité. Actuellement, ces critiques conceptuelles ne sont pas encore pleinement formalisées. Le résultat est que la plupart des modèles macroéconomiques demeurent encore "aveugles vis-à-vis du genre" (Ç-;-agatay, Elson et Grown, 1995, P : 1829).
L analyse féministe pourrait fournir plusieurs pistes de recherche dans le domaine de la macroéconomie (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995) :
- en rendant le travail domestique impayé visible et en considérant le travail comme un input productif, l analyse économique féministe renforce notre compréhension des conditions nécessaires au fonctionnement de l économie productive payée qui constitue le domaine traditionnel de l analyse macroéconomique.
- L analyse féministe introduit la notion de genre comme catégorie de différenciation économique et sociale (comme la classe et la race) qui influe sur la division du travail, la répartition du revenu et de la richesse, la productivité du travail et le comportement des agents économiques au sein de l économie nationale.
- L analyse économique féministe traite du biais du genre au niveau des micro/méso-institutions comme les ménages, les services publics, les firmes et les marchés. C est de ces institutions qu émergent en fait les résultats macroéconomiques à travers un processus d’agrégation. Les marchés, les firmes et les autres institutions ne sont pas intrinsèquement des entités de genre, mais ils deviennent des barrières de genre à travers les normes et les réseaux que nécessitent le fonctionnement des transactions de marché, la constitution des droits de propriété et le comportement endogène des agents (Elson, 1995 -;- Dow, 2017).
La prise en compte de ces divers éléments pourrait aider à explorer des contraintes et des interactions autres que celles reconnues par les modèles macroéconomiques traditionnels.
Sur le plan théorique, il importe d intégrer les relations du genre dans les modèles macroéconomiques. Les modèles macroéconomiques néoclassiques et structuralistes offrent un terrain adéquat pour une telle tentative. Dans ce cadre, les économistes féministes soutiennent souvent que les modèles néoclassiques sont biaisés contre la femme comme genre et en faveur de l homme comme genre. Si ceci est vrai dans une certaine mesure, il ne faut pas oublier pour autant que les modèles structuralistes et de dépendance qui s appuient sur une critique des modèles néoclassiques contiennent également un biais "masculiniste". Comme le note Elson (1991a, P : 2), "je pense que les approches structuralistes des problèmes économiques sont également biaisées en faveur de l homme, et partagent quelques erreurs commises par les paradigmes qu elles critiquent". Il note également que "malgré la nature critique de l approche structuraliste et de la dépendance, elle tend à partager avec l économie néoclassique, une neutralité apparente du genre qui masque l existence d un biais masculiniste" (Elson, 1991a, P : 22). Ainsi, bien que les modèles structuralistes (et institutionnalistes) s adaptent mieux en la matière parce qu ils confèrent plus de poids aux relations de pouvoir, des efforts supplémentaires doivent être déployés en vue d une meilleure intégration du genre dans ces modèles. D autres pistes de recherche sont plus prometteuses. A titre d exemple, il serait plus judicieux d intégrer le genre dans des modèles s inspirant de la théorie de la croissance en raison du fait que ces modèles insistent sur l importance de l investissement en infrastructure et en ressources humaines-;- et de ce fait, les retombées sur la situation économique et sociale de la femme sont plus visibles (Palmer, 1995).

3- FONDEMENTS THEORIQUES DE LA SEGREGATION EN FONCTION DU GENRE SUR LE MARCHE DU TRAVAIL :
A chaque fois qu il s agit d étudier le marché du travail, les chercheurs distinguent habituellement entre les facteurs d offre et ceux de la demande. En ce qui concerne l offre du travail, on peut se demander pourquoi les femmes "préfèrent" certains métiers. Il importe de noter que les femmes tendent à "préférer" des métiers à horaire flexible et relativement faciles à interrompre momentanément pour des raisons de maternité ou de soins des enfants. Du côté de la demande, on peut se demander pourquoi les employeurs "préfèrent" généralement embaucher les hommes ou les femmes dans certains métiers particuliers et pourquoi les hommes et les femmes ont des opportunités différentes pour la promotion et le développement des carrières professionnelles au sein des firmes. Le mot "préférer" est mis entre parenthèses en raison du fait que la décision de "choisir" dépend de "valeurs culturelles et sociales intériorisées, acquises et discriminatoires envers les femmes" (Anker, 1998, P : 14).
Les théories explicatives de la ségrégation en fonction du genre sur le marché du travail comprennent les théories néoclassiques du facteur humain-;- la théorie du comportement de l employeur-;- les théories institutionnelles et de la segmentation du marché du travail-;- et les théories féministes ou du genre.
L école néoclassique suppose que les travailleurs et les employeurs sont rationnels et que le marché du travail fonctionne efficacement. Les travailleurs cherchent les emplois les plus rémunérateurs après avoir pris en compte leurs dotations personnelles (éducation, formation, expérience professionnelle, etc.), leurs contraintes (prendre soin des enfants, etc.) et leurs préférences (environnement de travail agréable, etc.). Quant aux employeurs, ils tentent de maximiser le profit en maximisant la productivité et en minimisant les coûts autant que faire se peut (optimisation). Toutefois, en raison de la concurrence entre les entrepreneurs et du fonctionnement efficace du marché du travail, les employeurs tendent à payer aux travailleurs un salaire qui égalise la productivité marginale du travail, c est-à--dir-e la productivité de travail du dernier ouvrier embauché. Ainsi, selon le modèle néoclassique, à l optimum (maximum au moindre coût), les productivités marginales des facteurs de production pondérées par les prix de ces facteurs sont égales.
Du côté de l offre de travail, le modèle néoclassique estime que le capital humain chez les femmes est plus faible que chez les hommes. En effet, les femmes reçoivent moins d éducation, leurs domaines d études s adaptent généralement moins aux exigences du marché du travail et elles accumulent moins d expérience professionnelle en raison des ruptures de travail dues au mariage ou à la prise en charge des enfants. Bref, les femmes reçoivent des salaires plus bas en comparaison avec les hommes en raison de leur faible productivité. En outre, ces facteurs d éducation et d expérience affectent le choix de l emploi par la femme elle-même. Or, comme l a noté Anker (1998), la relation entre l éducation et l expérience professionnelle d une part et l emploi d autre part, est de par sa nature, bi-dir-ectionnelle en ce sens que les parents décident de donner à leurs filles moins d éducation que les garçons, et les femmes décident d accumuler moins d expérience professionnelle parce qu elles savent qu elles n ont pas les mêmes opportunités de travail que les hommes. Tant que les néoclassiques ne prennent pas en compte ce phénomène, leur théorie est plus statique que dynamique.
Du côté de la demande du travail, les néoclassiques estiment que plusieurs facteurs qui influencent les préférences des hommes et des femmes pour un emploi particulier influencent également les préférences des employeurs pour les hommes ou les femmes. En ce sens, les professions exigeant des niveaux élevés d éducation et plus d expérience pratique seraient réservées aux hommes. En outre, les employeurs considèrent les femmes comme une main-d œuvre à coûts in-dir-ects élevés. Ces coûts in-dir-ects sont dus aux taux d absentéisme et de roulement du travail élevés chez les femmes. Puisque les femmes tendent à changer systématiquement de travail pour des raisons familiales, les employeurs risquent de supporter des coûts supplémentaires, notamment pour embaucher et former d autres travailleurs. Cependant, des études empiriques sur cette question en Chypre, au Ghana, en Inde, à l Ile Maurice et au Sri Lanka (Anker, 1986) infirment cet état de fait : en moyenne, les écarts entre les taux d absentéisme hommes - femmes sont très faibles et les taux de roulement du travail hommes - femmes sont presque similaires. Si les femmes et les hommes tendent à changer de travail, les premières le font pour des raisons familiales et les seconds le font en vue d améliorer leur situation matérielle.
Etant persuadés que la ségrégation de genre et les disparités salariales entre les hommes et les femmes persistent et qu elles ne peuvent être pleinement expliquées par les caractéristiques des deux sexes, les économistes néoclassiques ont développé d autres théories complémentaires sans pour autant abandonner les hypothèses fondamentales de la rationalité individuelle et de l efficience du marché du travail. C est ainsi que Becquer (1971) a développé sa théorie du comportement de l employeur ou du penchant de l employeur pour la ségrégation. Selon cette théorie, les entrepreneurs ont des préjugés hostiles à certains groupes de demandeurs d emploi. Ces préjugés sont hostiles à certains groupes visiblement différents, en fonction de certains critères comme la race, le handicap, l âge et le sexe (Tanker, 1995). Les entrepreneurs sont supposés supporter une désutilité en embauchant ces individus socialement discriminés. Selon cette théorie, "les employeurs sont rationnels lorsqu ils embauchent peu d individus issus de ce groupe, en ce sens que ceci leur permet d éviter certains coûts" (Anker, 1998, P : 18). Cependant, dans une économie compétitive, les employeurs tendraient probablement à embaucher des travailleurs supplémentaires qu ils que soient la race, le sexe ou d autres caractéristiques, dans le but de maximiser les profits.
Malgré les-limit-es de la théorie néoclassique du capital humain, elle peut attirer notre attention sur la nécessité d adopter des politiques permettant de lutter contre les facteurs autres que ceux concernant -dir-ectement le marché du travail, en vue de réduire la ségrégation du travail en fonction du genre. Il s agit en général des politiques d éducation, de la planification familiale, du renforcement des responsabilités masculines au sein des ménages, de plus d égalité entre l homme et la femme dans le domaine des travaux domestiques et de l éducation des enfants, etc.
Les théories institutionnelles et de la segmentation du marché du travail s appuient également sur certains éléments de la pensée et de la logique néoclassiques. L hypothèse centrale est que les institutions comme les syndicats et les firmes jouent un rôle important dans la détermination et l identification des personnes susceptibles d être embauchées, promues ou limogées et de la façon dont elles seront payées. Ces théories estiment également que les marchés sont segmentés : alors que chaque segment du marché peut fonctionner conformément à la théorie néoclassique, il est difficile pour les travailleurs de passer d un segment de marché à un autre. La théorie de la segmentation du marché du travail la plus connue est la théorie du marché "duel" (Doeringer et Piore, 1971). Les autres théories de la segmentation du marché du travail distinguent entre les métiers "statiques" et les métiers "progressifs" (Standing, 1989) ou entre les secteurs "formel" et "informel" (ILO, 1972).
La théorie du marché de travail "duel" distingue entre le secteur "primaire" et le secteur "secondaire". Les métiers dans le secteur "primaire" sont relativement intéressants en termes de salaires, de sécurité, des conditions de travail et des opportunités de promotion. Les deux secteurs semblent fonctionner indépendamment l un de l autre. Les firmes dans le secteur "primaire" ont un pouvoir de marché relativement important en raison de la faiblesse des forces concurrentielles dans ce secteur alors que le secteur "secondaire" affronte une concurrence aiguë, bien que ces disparités tendent actuellement à s estomper en raison notamment de la globalisation des échanges. Le secteur "primaire", exigeant moins d éducation, de formation et d expérience et versant des salaires anormalement bas, attirent essentiellement le prolétariat féminin (Bergman, 1974) alors que le secteur "secondaire", exigeant plus d éducation, de formation et d expérience, affrontant moins de concurrence et versant des salaires plus élevés, attirent plutôt les hommes.
Une autre théorie institutionnelle et de segmentation du marché du travail est la "théorie de la discrimination statistique". Elle est basée sur l hypothèse fondamentale qu il existe des différences, en moyenne, dans la productivité, les compétences, les aptitudes et les expériences des divers groupes sociaux comme les femmes et les hommes. En voulant choisir parmi les groupes sociaux, les travailleurs potentiels les plus convenables, l entrepreneur risque de supporter des coûts de recherche et d information élevés. Il serait alors rationnel pour lui de discriminer entre des groupes de postulants à l emploi comme les femmes et les hommes.
L inconvénient majeur de ces diverses théories réside dans le fait qu elles négligent les variables non économiques. C est à ce niveau que les théories féministes (ou du genre) s imposent comme paradigme alternatif. Les théories féministes insistent essentiellement sur les variables non liées -dir-ectement au marché du travail, et que les économistes considèrent comme des données. Comme le note Anker (1998, P : 22), "une prémisse fondamentale des théories du genre est que la position désavantageuse des femmes sur le marché du travail est due et elle est un reflet du patriarcat et de la position subordonnée des femmes au sein de la société et de la famille. Dans toutes les sociétés, le travail domestique et la prise en charge des enfants sont considérés comme le domaine principal des femmes, alors que les hommes se voient confier la responsabilité du gagne-pain". Cette division des responsabilités entre les hommes et les femmes et l ordre patriarcal de la société déterminent pourquoi les femmes ont tendance à accumuler moins de capital humain en comparaison avec les hommes, avant d entrer sur le marché du travail. Le système éducatif est conçu de telle sorte que les filles reçoivent un enseignement inadapté aux exigences du marché du travail et les normes sociales, religieuses et culturelles tendent à perpétuer une telle vision. Comme l a dit Platon déjà au 4ème siècle avant Jésus-Christ, "ah si nous exigeons des femmes les mêmes services que des hommes, nous devons les former aux mêmes disciplines" (Platon, in La République-;- cité par Djosso-Ségla, 1999, P : 39). Or, comme le note Zebango (1999, P : 73), "un philosophe anglais du 19ème siècle, James Mill, affirmait que le degré d évolution d une société dépend de la place faite à la femme dans cette société".
Il est à noter cependant qu il importe de relativiser ce concept de patriarcat. Comme l a montré Elson (1991a, P : 4), "certaines formes du biais masculiniste opèrent à travers les normes du père". Mais l autorité patriarcale ne peut être généralisée au sud, elle est plutôt une caractéristique particulière de l Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l Asie du Sud.

4- IMPACT DE LA LIBERALISATION ECONOMIQUE SUR LA CONDITION DE LA FEMME ET SON INSERTION DANS LE MONDE DU TRAVAIL :
Les programmes de libéralisation économique s inscrivent dans le cadre général des programmes d ajustement structurel (PAS) imposés par les institutions financières internationales aux pays africains et au monde en développement en général. Les PAS peuvent être définis comme des contrats entre les bailleurs de fonds et les pays endettés. En vertu de ces accords, les bailleurs de fonds s engagent à rééchelonner la dette des pays débiteurs en contrepartie de l engagement de ces derniers à adopter et à mettre en œuvre certaines politiques de redressement et de restructuration économiques. Ces PAS s articulent autour de quatre volets fondamentaux, à savoir la libéralisation des prix, la privatisation, la libéralisation du commerce extérieur et la régulation de la demande globale.
Dès le milieu des années 80, les économistes féministes estimaient que les relations de genre interagissent avec les processus des restructurations économiques orientés vers le marché dans les pays du sud. La libéralisation économique a des implications aussi bien sur la distribution des coûts et des avantages entre les divers groupes d hommes et de femmes que sur la réalisation des objectifs macroéconomiques assignés à la libéralisation économique.
Alors qu on admet généralement que la libéralisation économique a des effets distributifs en termes de genre, la relation entre les rapports sociaux de genre et les résultats macroéconomiques a reçu moins d attention de la part des économistes féministes. Il est nécessaire d aller au-delà des effets de la libéralisation économique sur le genre. Il importe de démontrer l importance du genre en tant que catégorie analytique en macroéconomie :
- en établissant un cadre conceptuel adéquat-;-
- en spécifiant des modèles formels convenables-;-
- en menant des recherches empiriques concluantes-;-
- en diagnostiquant les problèmes macroéconomiques existants et en formulant des politiques destinées à y remédier.
Il est à noter que les stratégies de libéralisation économique ne sont neutres ni en termes de classes sociales ni en termes de genre (Cornia, Jolly et Stewart, 1987-;- Bourginon, de Melo et Morrisson, 1991). Les travaux de recherche féministe sur la libéralisation économique tournent autour de deux axes (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995) : des travaux empiriques démontrant les effets du biais du genre que contiennent les programmes de libéralisation économique, et des critiques conceptuelles de l approche de la Banque Mondiale et du FMI, et surtout le biais de genre en modèles macroéconomiques et en théorie économique en général.
Des travaux empiriques ont mené une investigation des stratégies de ménages urbains et ruraux pauvres, en vue de survivre et d affronter les effets pervers de la libéralisation économique. Ces effets pervers résident généralement dans l intensification des travaux reproductifs de la femme, l accélération de la participation des femmes à la force de travail essentiellement dans le secteur informel, l aggravation du biais contre l éducation de la femme, la détérioration des conditions de santé physique et mentale, etc. Comme le montre Palmer (1995, P : 1982 ), "il y a de bonnes raisons de croire que les femmes ont souffert plus que les hommes des effets pervers des politiques de libéralisation économique dans plusieurs pays en Afrique et en Amérique Latine". En jugeant sur la base de la littérature disponible, le résultat de ces politiques pour la majorité des femmes pauvres semble être une sérieuse réduction de leurs capacités les empêchant de mener une vie saine. Quant aux critiques féministes conceptuelles des programmes de libéralisation économique, elles dénoncent généralement les relations inégalitaires de genre qui constituent des barrières à la réalisation des objectifs macroéconomiques des politiques de libéralisation. C est ainsi que Palmer (1991) et Gladwin (1991) soutiennent que la ségrégation en fonction du genre sur le marché du travail agricole et les disparités selon le sexe en matière de contrôle des ressources en agriculture, surtout en Afrique sub-saharienne, constituent une entrave à la réponse des agriculteurs aux nouvelles incitations offertes par la libéralisation économique. Le résultat est que les cibles d output agricole ne sont pas atteintes. Ainsi, pour le cas de l Afrique, comme le note Palmer (1991, P : 155), "si le biais contre les femmes n est pas réduit, les économies africaines peuvent avoir un avantage absolu dans l effondrement de la production et un avantage comparatif dans des branches de production basées sur la surexploitation des femmes et une demande intensifiée de l aide des enfants". En outre, comme le soutient Elson (1991b, 1993), les marchés libres sont eux-mêmes des institutions sociales qui reflètent et renforcent les inégalités de genre.
Les économistes féministes ont estimé que la plupart des modèles macroéconomiques et de restructuration sont hostiles au genre comme catégorie :
- puisque les modèles macroéconomiques ne considèrent pas le travail reproductif non payé des femmes, ils ont ignoré le fait que, comme résultat de la privatisation, des réductions dans les dépenses publiques et des soins de santé, les gouvernements ont réorienté plusieurs activités, comme les services de santé, vers la sphère reproductive féminine, alourdissant par-là le fardeau sur les femmes et aggravant l inefficience sociale des programmes de libéralisation économique. Comme le montre El Awad Sims a (1998, P : 139), "les politiques macroéconomiques (les PAS étant un exemple évident) n ont aucune considération explicite pour le processus de reproduction et de maintenance des ressources humaines, ce qui renforce le biais contre les femmes. En d autres termes, le rôle reproductif des femmes n est pas spécifiquement pris en compte dans la formulation des politiques macroéconomiques et sectorielles".
- En ignorant le genre, il devient difficile de reconnaître que le bien-être des générations futures serait mis en péril et que le développement des ressources humaines serait entravé. Ainsi, une évaluation de l efficience sociale appuyée par une approche féministe arriverait à une conclusion différente de celle sur laquelle débouchent des analyses basées sur des définitions macroéconomiques traditionnelles de la production et du travail (Darity, 1995).
- Une évaluation des implications en termes de bien-être de la performance macroéconomique est fallacieuse dans la mesure où une telle évaluation est basée sur des indicateurs traditionnels comme le produit intérieur brut (PIB) par tête et d autres indicateurs biaisés à la défaveur du genre.
Si ces travaux théoriques et empiriques enrichissent notre connaissance des effets des programmes de libéralisation sur la situation économique et sociale de la femme en général, il existe malheureusement très peu de travaux empiriques sur l impact de la libéralisation économique sur les processus de féminisation de la force de travail dans les pays en développement. C est surtout à ce niveau que nous comptons contribuer autant que faire se peut aux débats sur le genre et le féminisme, sans toutefois prétendre à la perfection : notre but est plutôt d ouvrir le débat sur la nécessité d entreprendre des travaux empiriques sur l économie et le genre, notamment dans les pays en développement où ce genre de recherche continue à demeurer le "fief" des chercheurs situés dans les campus universitaires des pays développés. Nous discutons d abord les fondements théoriques de la féminisation de la force de travail dans la cinquième et dernière sous-section de la présente section avant d examiner et d appliquer dans la dernière section de ce papier de recherche, des méthodologies de construction de modèles macroéconométriques en vue d étudier empiriquement l impact des programmes de libéralisation économique sur la féminisation de la force de travail.

5- DETERMINANTS DE LA FEMINISATION DE LA FORCE DE TRAVAIL : FONDEMENTS THEORIQUES
Certaines recherches théoriques estiment que la composition - genre de la force de travail présente des signes de mutations en fonction du développement économique à long terme (Ö-;-zler et Ç-;-agatay, 1995, P: 1882). Durant les phases initiales de transition vers le développement capitaliste, le taux de participation des femmes à la force de travail décline dans un premier temps mais augmente lors d une phase plus avancée du développement économique (courbe en "U "). Lors de la phase ascendante de la courbe, le développement économique se renforce, les secteurs non agricoles se développent, l urbanisation s intensifie et l éducation évolue en s accompagnant d une chute des taux de fécondité. Ces changements à long terme qu’on peut appréhender dans le cadre de la nouvelle théorie de la transformation structurelle des économies, interagissent avec un renforcement des responsabilités aussi bien productives que reproductives des femmes.
Si le développement à long terme est positivement lié au taux de participation des femmes à la force de travail, ce taux varie aussi en fonction des fluctuations et des orientations générales des politiques macroéconomiques. C est ainsi que Standing (1989) a attribué la féminisation de la force de travail depuis le début des années 80, à des politiques macroéconomiques axées sur l offre ainsi qu’aux programmes de libéralisation économique. Selon l Organisation Internationale du Travail (ILO, 1994), même dans les pays développés, des facteurs macroéconomiques ont accéléré la féminisation de la force de travail, ce qui explique en partie la persistance du chômage dans ces pays durant les années 1980 et 1990. Selon Ö-;-zler et Ç-;-agatay (1995), les programmes de libéralisation économique peuvent accélérer les processus de féminisation de la force de travail, notamment en raison de l adoption de politiques économiques "outward-looking" ou tournées vers l extérieur, essentiellement intensives en main-d œuvre bon marché.
Selon Boserup (1970), les premières phases du développement de l urbanisation et de l essor des industries manufacturières correspondent à un déclin de la féminisation de la force de travail (partie décroissante de la courbe en U). La participation des femmes à la force de travail s intensifie lors des phases plus avancées du développement économique, de l industrialisation, de l éducation des femmes et de la réduction des taux de fécondité (Oppenheimer, 1970-;- Boserup, 1990, De Henau et al., 2016 -;- Dow, 2017).
En utilisant des données statistiques pour les années 1965 et 1970, concernant soixante-dix pays, Tanaka et Pampel (1986) ont montré que la féminisation de la force de travail est positivement liée au développement économique. Pour sa part, Goldin (1994) a utilisé des données en coupe instantanée pour plus de cent pays et a montré que la fonction mathématique de la féminisation de la force de travail a une forme quadratique, en ce sens que le taux de féminisation de la force de travail (TFFT) dépend du logarithme du PIB par tête (Log(PIBT)) et du carré de Log(PIBT).
Une tendance similaire a été démontrée pour les pays dits industrialisés. C est ainsi que Tilly et Scott (1987) ont confirmé l existence de la courbe en U pour l Angleterre et la France, et Goldin (1994) a fait de même pour les Etats-Unis.
A côté du niveau du développement économique, de l industrialisation et des facteurs sociodémographiques comme les tendances de fécondité et d éducation des femmes, les facteurs idéologiques ont aussi une influence sur le TFFT (Ö-;-zler et Ç-;-agatay, 1995, P : 1884). C est ainsi que les économies de l Europe de l Est présentent des cas de force de travail hautement féminisée en raison de l engagement et de l impératif antérieurement socialistes d une mobilisation économique des femmes. En outre, l Islam et la doctrine catholique sont souvent considérés en occident comme des entraves à l intégration des femmes dans le monde du travail et de la production. Les facteurs culturels et idéologiques peuvent jouer un rôle important dans la réduction de TFFT. A titre d exemple, les idéologies patriarcales, du "mâle comme principal gagne-pain" et du "salaire de famille" peuvent contribuer à la chute de TFFT.
Il est à noter que très peu de recherches ont été effectuées en vue de comprendre l impact des programmes de libéralisation économique sur la féminisation de la force de travail dans les pays en développement, notamment en Afrique. Les programmes de libéralisation économique, s appuyant essentiellement sur les secteurs orientés vers l exportation, tendraient probablement à accélérer le processus de féminisation de la force de travail. Les industries exportatrices sont souvent intensives en main-d œuvre bon marché. C est là que les femmes pourraient trouver leur avantage comparatif comme ouvrières ayant reçu peu ou pas de formation. Une étude effectuée par Wood (1991) a montré que la stratégie de promotion des exportations dans plusieurs pays en développement a induit une augmentation de la demande de travail des femmes en raison essentiellement du fait que celles-ci acceptent des salaires de misère. Comme lz notent Ö-;-zler et Ç-;-agatay (1995, P : 1885), "les réformes commerciales ont contribué à intégrer les femmes dans le marché du travail parce que tout simplement, les femmes sont moins chères et plus flexibles". En outre, les programmes de libéralisation économique, en intensifiant la mauvaise répartition des revenus, aggravent la pauvreté au sein des familles, ce qui les pousse à rallier le marché du travail. Une étude économétrique de l impact de la libéralisation économique sur les processus de féminisation s impose avec acuité en vue de tester empiriquement un tel impact. Des détails sur la méthodologie suivie en vue de spécifier, estimer et tester un modèle économétrique dans ce sens, sont présentés dans la troisième section du présent papier de recherche.

III- ELEMENTS DU CADRE METHODOLOGIQUE :
Notre méthodologie est essentiellement empirique/économétrique. Nous visons par-là à ouvrir le débat sur les relations entre l économie et les rapports sociaux du genre en faisant appel aux techniques quantitatives. D ailleurs, les travaux empiriques sur le genre tels qu’ils sont effectués par les chercheurs, sont très rares sinon pratiquement inexistants, à l état actuel de notre recherche bibliographique, surtout dans les pays moins avancés. Toutefois, notre étude ne prétend pas à la perfection. Il se veut une modeste contribution aux débats, pouvant avoir des effets d entraînement sur d autres travaux de recherche plus approfondis.

Nous présentons, dans une première sous-section, l intérêt de l empirisme en général et des modèles économétriques en particulier, pour l analyse des relations entre l économie et les rapports sociaux du genre. Dans une deuxième section, nous discutons des méthodes permettant d intégrer les variables du genre dans les modèles macroéconométriques. Quant à la troisième sous-section, elle est réservée à la présentation du modèle économétrique à estimer et à tester. Enfin, la quatrième section est consacrée à la mesure des variables et aux sources des données statistiques utilisées.

1- L INTERET DES MODELES EMPIRIQUES POUR L ETUDE DES RELATIONS ENTRE L ECONOMIE ET LE GENRE :
Selon plusieurs économistes féministes, il faut être prudent à chaque fois qu on construit, qu on estime et qu on interprète des modèles économétriques destinés à étudier les relations entre l économie et les rapports sociaux du genre. Dans le domaine de la modélisation en économie, le fétichisme du formalisme mathématique est resté longtemps associé à un "biais masculiniste" flagrant (Elson, 1993). D autres économistes féministes insistent sur l intérêt qu il y a de reconnaître la légitimité d une variété d approches méthodologiques permettant de produire la connaissance (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995), notamment dans le cadre de ce qui est communément appelé la "triangulation" en sciences sociales et humaines.
En fait, les modèles formels ne peuvent être considérés comme la seule forme d analyse rigoureuse ou comme une "science dure" (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995, P : 1829). Ils constituent une approche parmi d autres pour l analyse économique. Dès lors, la modélisation doit être considérée comme un complément et non pas comme un substitut des autres méthodes d analyse qu utilisent les économistes féministes.
La modélisation des relations entre l économie et les rapports sociaux de genre peut encourager la précision théorique. "Elle nous aide à préciser ce que nous savons et ce que nous ne savons pas" (Ç-;-agatay, Elson and Grown, 1995, P : 1830). Elle peut également clarifier le sens des relations entre les variables et l ampleur des interactions entre elles. En outre, c est lors de la spécification des modèles économétriques s inspirant de la théorie économique que nous pouvons nous rendre compte des types de données statistiques que nous devons collecter. De plus, les modèles économétriques, en confirmant ou en infirmant des constructions théoriques, renforcent la communication au sein de la communauté des chercheurs et offrent une occasion pour modifier les idées et faire avancer les recherches théoriques. Enfin, la modélisation permet souvent d informer les décideurs de politiques économiques et de ce fait, elle a des implications pratiques. L utilisation de l empirisme dans le domaine du genre permet d intégrer la production scientifique des économistes féministes dans les processus de prise des décisions.

2- METHODOLOGIE D INTEGRATION DES VARIABLES DU GENRE DANS LES MODELES MACRO-ECONOMETRIQUES:
Il existe en général trois méthodes permettant d intégrer le genre dans les modèles macroéconométriques :
- METHODE DE DESAGREGATION DES VARIABLES MACROECONOMIQUES EN FONCTION DU GENRE:
Elle permet de désagréger les variables macroéconomiques en fonction du genre. A titre d exemple, dans la mesure où la structure des relations de genre induit des comportements différents des hommes et des femmes en termes de décisions de consommation, d épargne et d investissement, il serait intéressant de désagréger ces variables en fonction du genre. Il existe des arguments à travers les différentes cultures et les divers groupes de revenu, indiquant que les femmes et les hommes ont des comportements de consommation différents (Bruce, 1989-;- Alderman et al., 1995). En particulier, les femmes tendent à avoir une plus grande propension à dépenser en biens favorables aux enfants et au renforcement de leurs capacités physiques et mentales.
L inconvénient majeur de la méthode de désagrégation réside dans le fait qu il est très difficile de désagréger les variables macroéconomiques en fonction du genre. La pertinence de la méthode de désagrégation dépend dans une certaine mesure de la structure de l économie. Elle est plus convenable dans des économies où les hommes et les femmes contrôlent des segments séparés du revenu et effectuent des investissements isolés.
- METHODE DE LA VARIABLE MACROECONOMIQUE LIEE AU GENRE :
Il s agit d introduire des variables économiques qui capturent la structure des relations de genre comme le degré d inégalité de genre sur les marchés du travail et du crédit, la prise des décisions au sein des ménages ainsi que dans les secteurs public et privé. Elson (1995), à titre d exemple, estime que les valeurs de certains paramètres comme les ratios capital/output et épargne/revenu sont partiellement déterminées par les inégalités - genre au sein de l économie.
- METHODE DES DEUX SECTEURS/SYSTEMES :
Il s agit de conceptualiser le monde économique en termes de deux secteurs ou systèmes : le système des variables macroéconomiques traditionnelles et le système de l économie reproductive non payée. Taylor (1995) propose une approche des deux systèmes : le système macroéconomique conventionnel et le système environnemental ou du genre. Il précise les feed-backs entre les variables des deux secteurs. Quant à Walters (1995), il a discuté la manière dont on peut introduire, dans les modèles de croissance, une économie reproductive à côté de l économie productive payée.
Nous utilisons dans le cadre de notre modèle empirique, la méthode de la variable liée au genre. Plus précisément, nous régressons la variable "taux de féminisation de la force de travail" (TFFT) sur des variables macroéconomiques liées à la libéralisation économique, en plus d autres variables déterminantes, en vue de déterminer l impact de la libéralisation économique sur le processus de féminisation de la force de travail. Nous présentons dans ce qui suit, notre modèle économétrique à estimer et à tester ainsi que les méthodes de mesure des variables et les sources des données statistiques.

3- UN MODELE ECONOMETRIQUE POUR COMPRENDRE L IMPACT DE LA LIBERALISATION ECONOMIQUE SUR LA FEMINISATION DE LA FORCE DE TRAVAIL :
Comme nous l avons déjà souligné (cf. section II, sous-section 5), des études théoriques et empiriques ont montré que la fonction mathématique du taux de féminisation de la force de travail (TFFT) a une forme quadratique (Pampel and Tanaka, 1986-;- Goldin, 1994-;- Ö-;-zler and Ç-;-agatay, 1995) :
TFFT = a0 + a1.Log(PIBT) + a2.(Log(PIBT))^2 + ε-;--;-
ε-;- étant une variable aléatoire suivant une loi normale d espérance mathématique nulle et de variance finie, et les autres variables sont comme déjà définies en deuxième section (sous -section 5).
Suivant les éclairages théoriques discutés en première section, nous pouvons spécifier un modèle économétrique permettant de cerner les variables explicatives du taux de féminisation de la force de travail, soit pour un pays donné (analyse moderne des séries chronologiques), soit dans un échantillon de pays (modélisation sur données de panel). Ainsi, le taux de féminisation de la force de travail (TFFT) peut être déterminé, en plus du logarithme du PIB par tête (Log(PIBT)) et de son carré, par les variables sociodémographiques et la libéralisation économique. Les variables sociodémographiques sont constituées du taux de fécondité (TFEC), du degré d urbanisation (DEGURB) et du niveau d éducation féminine (EDFEM). Quant à la variable "libéralisation économique", elle nécessite une méthode particulière de quantification. Au lieu d utiliser des variables auxiliaires ou muettes (dummy variables) pour quantifier ce facteur, nous avons jugé opportun de le remplacer par des variables économiques pouvant capter l effet des programmes de libéralisation économique, à savoir le ratio du déficit budgétaire (RDEF), le taux d ouverture commerciale (TOUV), le changement dans la répartition des revenus (CHREPREV) et le degré d expansion économique (EXPECO).
Formellement, la fonction mathématique du taux de féminisation de la force de travail peut s écrire :

TFFT = f(Log(PIBT), (Log(PIBT)^2), RDEF, TOUV, CHREPREV, EXPECO, TFEC, DEGURB, EDFEM)
La forme définitive du modèle se présente comme suit :
TFFT = a0 + a1.Log(PIBT) + a2. Log(PIBT)^2 + a3.RDEF + a4.TOUV + a5.CHREPREV + a6. EXPECO + a7. TFEC + a8.DEGURB + a9.EDFEM + ε-;-
Nos hypothèses sur les signes des paramètres du modèle, conformément à la théorie économique, sont comme suit :
a0>0 -;- a1>0 -;- a20 -;- a5>0 -;- a6>0 -;-
a70 -;- a9>0

4- METHODOLOGIE DE MESURE DES VARIABLES ET SOURCES DES DONNEES STATISTIQUES :
La variable dépendante TFFT est mesurée par la moyenne par pays sur la période 1984-1997 du ratio de la force de travail féminine à la force de travail totale. Quant aux variables explicatives, définies en moyenne par pays sur la période indiquée, elles sont mesurées de la manière suivante :
- Le PIB par tête est défini comme le rapport du PIB en dollars constants au volume de la population -;-
- Le ratio du déficit budgétaire (RATDEF) est mesuré par le rapport du déficit global du budget de l Etat au PIB nominal -;-
- Le degré d expansion économique (EXPECO) est mesuré par le taux de croissance du PIB réel -;-
- Le taux d ouverture (TOUV) est défini par le ratio de la somme des exportations et des importations en valeur au PIB nominal -;-
- Les changements dans la répartition des revenus (CHREPREV) sont mesurés par le taux d inflation défini par la variation absolue du logarithme népérien de l indice des prix à la consommation. Nous nous inspirons en cela des études empiriques qui soutiennent que même si l inflation aggrave les disparités du revenu, elle peut être une mesure in-dir-ecte de ces disparités (Ö-;-zler and Ç-;-agatay, 1995) -;-
- Le taux de fécondité (TFEC) est défini par le nombre moyen d enfants par femme et par pays -;-
- Le degré d urbanisation (DEGURB) est mesuré par la part de la population urbaine dans la population totale -;-
- Le degré d éducation des femmes (EDFEM) est défini par le ratio du nombre de femmes inscrites à l enseignement secondaire au nombre global d inscrits au cycle secondaire de l enseignement.
Les sources des données statistiques sont constituées des divers numéros des "Social Indicators of Development", des "World Tables" et des "International Financial Statistics" de la Banque Mondiale ainsi que des "Government Statistics Yearbooks" du Fonds Monétaire International.

• CONCLUSIONS ET SUGGESTIONS POUR DES RECHERCHES PLUS APPROFONDIES :
Pour un souci d’analyse macroéconomique en termes d’inclusion, ce papier de recherche a abordé l’épineuse problématique de la "gendérisation" de la macroéconomie, tout en focalisant l’attention sur l’intégration de la femme dans le marché du travail et en cherchant à comprendre la réaction de la féminisation de la force de travail à une série de variables explicatives sélectionnées en ligne avec les prédictions de la théorie économique.
En plus des fondements théoriques de la "gendérisation" de la macroéconomie, de la ségrégation que les femmes affrontent sur le marché du travail et du comportement de la féminisation de la force de travail, notre papier de recherche a tenté de discuter la problématique de la modélisation économétrique du taux de participation des femmes à la force de travail.
Les soubassements théoriques abordés ainsi que les processus de modélisation économétrique discutés semblent intéressants pour des recherches plus approfondies pour des cas de pays pris isolément comme pour des échantillons de pays dans le cadre d’une modélisation économétrique sur données de panel.

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