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2ème Partie de l’interview posthume avec Milton Friedman au sujet des récentes assises de la fiscalité

Lhoussein Baouzil
2019 / 5 / 20

Suite à la première partie de l’interview posthume avec Milton Friedman au sujet des travaux des assises de la fiscalité organisées durant les 3 et 4 du mois de mai 2019 par le ministère de l’économie et des finances, nous proposons de continuer l’analyse des recommandations issues de ces assises dans la perspective de tirer certains enseignements sur les possibilités réelles pour une véritable réforme de notre système fiscal.

Mr Contribuable : reprenons notre conversation Mr Friedman, vous m’avez promis des explications sur le véritable objectif du gouvernement en matière de la réforme fiscale qu’il est en train de préparer. Qu’est-ce que vous avez à nous -dir-e à ce sujet ?

Mr Friedman : oui, oui, je me rappelle de ma promesse, il faut d’abord préciser que je ne crois pas aux annonces du gouvernement quand il propose de réduire la taxation. Tout à quoi il pense c’est de déplacer la charge fiscale d’un endroit à un autre. Parfois même, il ne fait que changer la forme et la nature de la taxation. Crois-moi, un gouvernement n’est là que pour vous taxer, ayez cette conviction, mon ami, pour que vous puissiez bien comprendre les slogans de votre gouvernement qui ne sont d’ailleurs pas différents des slogans des autres gouvernements à travers le monde. Pour illustration, prenons la recommandation selon laquelle votre gouvernement vise l’amélioration de la part de l’IR professionnel pour soutenir les citoyens à bas revenu et les classes moyennes. C’est un slogan pour la consommation médiatique, rien d’autre crois-moi ! Qui sont les gens qui travaillent dans les professions libérales ? Ce sont en majorité des citoyens à bas revenu et des classes moyennes, comment vous allez les taxer davantage pour réaliser leur bien-être ? Mon analyse est que le gouvernement à chaque fois qu’il élabore le budget se trouve attaqué sur la part grandiose de l’IR salarial par rapport à l’IR professionnel dans les recettes fiscales, il cherche tout simplement à atténuer ce genre d’attaque tout en profitant bien sûr de ceci pour augmenter ses rentrées ponctuées sur les revenus des uns et des autres. Egalement, il ne suffit pas d’élargir la base des individus qui seront soumis à la taxation, mais il faut surtout s’interroger sur l’impact de cet élargissement sur l’activité économique concernée par cette imposition.

Mr contribuable : vous proposez donc, Mr Friedman, de garder le statu quo ?

Mr Friedman : pas du tout, celui qui gagne de l’argent doit payer son impôt. Toutefois il a le droit de bénéficier d’une contrepartie. On ne peut pas payer l’impôt pour qu’une minorité aux commandes puisse jouir du droit de dépenser sans-limit-e et sans contrainte.

Mr contribuable : vous voulez -dir-e quoi par-là, Mr Friedman ?

Mr Friedman : très bonne question. Au-delà du principe de l’équité et de la justice qui en apparence sont à la base de la tenue de ces assises dont nous nous débattons, laisse-moi vous -dir-e d’une manière franche que la véritable réforme que vous deviez entreprendre consiste à revoir votre politique de dépenses publiques.

Mr contribuable : je vois que vous me conduisez de nouveau vers votre thème préféré. Je souhaite qu’on reste attaché à la fiscalité, le rôle de l’Etat nous le traitons ultérieurement avec plus de précisions.

Mr Friedman : pas du tout, tu sais bien que la fiscalité est entièrement liée à la dépense publique, on est dans le vif du sujet. Régler les problèmes de votre système fiscal passe inévitablement par la réforme de la politique de dépenses publiques, car si votre gouvernement continue à dépenser, à sa guise, vos taxes seront de plus en plus élevées.

Mr contribuable : mais notre gouvernement est contraint par la loi, il ne fait que ce qui est dicté par la loi de finance!

Mr Friedman : qui prépare et vote la loi de finance ?

Mr contribuable : bien-sûr, le gouvernement et sa majorité.

Mr Friedman : voilà donc le vif du problème. Le gouvernement et le groupe parlementaire qui le soutient pourront inscrire dans cette loi tout ce qu’ils souhaitent, n’est-ce pas ?

Mr contribuable : effectivement. Alors que proposez-vous Mr Friedman ?

Mr Friedman : il faut ériger la règle ou les règles de la dépense publique au rang supérieur de la hiérarchie des lois. Il est indispensable que la-limit-ation des dépenses publiques soit inscrite dans la constitution. Aussi, il faut constitutionnaliser le fait que ces règles liées à la dépense publique ne soient changées que sur la base des résultats d’un referendum démocratique.

Mr contribuable : je vois que vous faites allusion à la nécessité d’avoir un régime démocratique pour garantir le bon fonctionnement du système dans son ensemble.

Mr Friedman : certainement la démocratie est nécessaire pour que le système fonctionne, mais il ne suffit pas d’être en démocratie pour aboutir à une fiscalité juste et équitable. Même dans un régime démocratique, le système fiscal pourrait ne pas être équitable, car l’équité est à rechercher dans la-limit-ation de la dépense du gouvernement. Je crois que je vous ai déjà parlé du vol par la loi, l’atout de la démocratie c’est qu’elle permet au moins la dénonciation de ce genre de vol qui demeure, à mon sens, le plus à prohiber. La voie royale pour éviter ce vol serait d’inscrire les règles de la dépense publique dans la constitution, sinon vous allez continuer en tant que contribuables à supporter des dépenses inutiles et insensées ?

Mr contribuable : comme quoi, Mr Friedman ?

Mr Friedman : l’exemple qui a retenu mon attention en feuilletant votre document de budget 2019 est le fait de prendre l’argent des contribuables pour subventionner les voyages de certains fonctionnaires aux lieux saints de l’Islam. Cela a retenu mon attention car dans ma demeure actuelle, j’avais croisé Averroès qui m’a longuement parlé des injustices dont il était victime et qui étaient commises par des hommes ignorant les enseignements de l’Islam notamment ses piliers. Je crois me souvenir de lui en me disant que le 5ème pilier de l’Islam qui est le pèlerinage n’est imposable qu’au croyant ayant la capacité physique et financière. Comment votre gouvernement ose alors distinguer entre les contribuables ? Tu vas me -dir-e par loi ! Je te -dir-ai, voilà pourquoi je vous propose de-limit-er la dépense du gouvernement par une règle constitutionnelle intransigeante. Il vous sera très difficile d’expliquer à une ouvrière agricole de la région de Souss qui travaille sous une serre de chaleur effrayante que sa contribution d’impôt a été utilisée par le gouvernement pour envoyer un fonctionnaire, qui a passé toute sa vie professionnelle dans un bureau climatisé, à la Mec pour accomplir son pèlerinage. Il s’agit d’une absurdité qui n’a ni de justification religieuse ni professionnelle. D’ailleurs, il m’est parvenu que ceux qui sont choisis pour bénéficier de ce voyage sont des gens partant à la retraite ! On aurait dû au moins faire bénéficier les jeunes fonctionnaires pour les encourager à travailler plus dans une administration qui souffre de dysfonctionnements dus en grande partie à l’amateurisme, au manque d’expérience et d’engagement citoyen de ceux qui sont censés gérer les ressources humaines.

Mr contribuable : je vois, Mr Friedman, que vous essayez encore une fois de m’éloigner du sujet.

Mr Friedman : non, ce que je vous dis n’est que le résumé de ce que votre premier économiste Aziz Belal m’a bien fait comprendre en me parlant des facteurs qui vous retiennent dans le sous-développement. J’aime bien sa terminologie quand il m’a dit que ces facteurs sont en réalité des facteurs non économiques. Ce qui me rend triste c’est que, après de longues années, je vois que vous êtes presque toujours sur le même point. Votre économie n’est pas régie par les lois économiques qui reposent sur les principes du mérite et de la liberté d’entreprendre. Plusieurs facteurs de réussite sont en dehors du circuit économique, ce qui ne vous permet pas en fin de compte d’aboutir à une croissance économique source de la valeur ajouté qui est à son tour la seule véritable source de richesse et de recettes fiscales.
C’est le même point de vue que m’a exprimé votre grand penseur contemporain Mohamed Abed Al-Jabri, quand je l’ai croisé il n’y a pas longtemps. Il a surtout regretté que sa critique de la raison arabe n’ait pas pu réussir à susciter des débats pour repenser votre modèle sociétal qui repose toujours sur des liens tribaux et corporatistes plutôt que sur la raison. Il n’a cessé de me rappeler que le problème marocain du sous-développement ne peut être résolu qu’en réformant l’enseignement. Il est pour lui primordial l’instauration de la méritocratie comme unique valeur de réussite dans la société. En l’écoutant, il a dressé devant moi des critiques lourdes au système social actuel. Pour lui, aucune référence au mérite n’est exigée pour évoluer au sein d’une structure. Ce qui le pénalise plus c’est de voir que la gestion du capital humain a été confiée à des incompétents sachant que c’est le seul facteur sur lequel le Maroc peut compter pour son développement. Il m’a bien précisé qu’il suffit qu’un jour vous croisez quelqu’un dans ton chemin pour qu’on vous confie la lourde responsabilité de gérer le capital humain. C’est le malheureux constat, selon ses propos, qui n’épargne ni entreprise ni administration. Pire encore, il m’a bien précisé que la qualité des enseignants des écoles marocaines est en dégradation permanente ce qui impactera très lourdement l’avenir de votre beau pays. Pour les administrations publiques, le constat est encore plus alarment, des responsables ont accès à des postes de responsabilité sans avoir ni compétence ni savoir-faire, parfois en violation même des statuts de ces administrations qui tracent les conditions d’évolution et de promotion.

Mr contribuable : je ne voie pas de lien entre le capital humain et la fiscalité?

Mr Friedman : mais si. Pour taxer, il faut d’abord créer de la richesse ce qui requiert une exploitation efficiente des facteurs de production qui sont le capital et le travail. Dans votre pays, le capital est rare, le seul facteur sur lequel il faut agir demeure la force du travail pour laquelle il faut offrir de meilleures conditions de formation tout en instaurant un système basé sur la méritocratie comme moyen unique pour la promotion et la réussite sociale.

Mr contribuable : je voie bien maintenant où vous voulez en venir Mr Friedman, toutefois je crois que vous me devez encore des explications sur notre système fiscal notamment par rapport au coût réel de la dépense publique qui concerne également le secteur de la formation et ce en liaison avec la fiscalité.

Mr Friedman : à mon avis, les impôts sont en réalité ce que le gouvernement dépense. La taxe réelle que les contribuables marocains supportent n’est rien d’autre que ce que votre gouvernement dépense en totalité. Si votre gouvernement prévoit suivant votre document de budget 2019 de dépenser 63 milliards de -dir-hams de plus par rapport à ce qu’il recevra comme recettes fiscales, la taxe réelle n’est plus seulement les 229 milliards de recettes, mais il faut leur ajouter les 63 milliards et le véritable montant de taxation pour 2019 sera de l’ordre de 292 milliards. Les contribuables seront alors contraints de payer ce gros chiffre soit -dir-ectement, c’est-à--dir-e par la taxation -dir-ecte, soit in-dir-ectement via l’inflation qui n’est rien d’autre qu’une taxe implicite ne nécessitant ni vote ni dépense pour sa collection.

Mr contribuable : mais le gouvernement peut recourir à l’emprunt pour financer ses besoins ?

Mr Friedman : exact, toutefois le principe demeure le même, en définitive, seuls les contribuables payeront. Tu sais bien que quand le gouvernement emprunte, il assèche les ressources financières disponibles sur le marché et provoque par-là même une augmentation des taux d’intérêt ce qui influe négativement sur l’investissement privé, sans oublier le risque d’une allocation non efficiente des ressources publiques empruntées. Pour illustration, je t’invite à regarder de nouveau votre document du budget 2019, tu constateras que la ligne budgétaire "paiement intérêt et principal" des crédits de l’Etat s’élève à 58 milliards de -dir-hams, des sommes énormes pour une économie à croissance faible. Ainsi, toute réforme fiscale doit d’abord régler la problématique de la dépense publique, sinon je me demande pourquoi vous allez continuer à payer les impôts ?

Mr contribuable : on continue à payer pour la sécurité et la défense, n’oublie pas Mr Friedman qu’on est le seul pays dans la région qui bénéficie d’une stabilité et sécurité sans reproches.

Mr Friedman : sur ce point je suis parfaitement en accord avec toi, ce sont les seules dépenses justifiées que le gouvernement doit effectuer tête haute. Pour le reste, le secteur privé devrait être impliqué davantage. On ne peut plus demander aux contribuables de continuer à payer pour des services que le gouvernement est incapable de fournir convenablement. Vue la qualité des services rendus notamment en matière d’éducation et de santé, il me semble que vous continuez à payer le gouvernement pour qu’il dispose des moyens financier afin de vous taxer davantage !

Mr contribuable : c’est vous qui le dites, Mr Friedman !

Mr Friedman : exact. D’ailleurs tu connais mon point de vue là-dessus.

Mr contribuable : certainement, toutefois il me semble, Mr Friedman, que la dépense en elle-même n’est la source du problème, ce qui est à améliorer serait l’efficacité de cette dépense qui devrait cibler les axes que le secteur privé ne pourrait pas prendre en charge.

Mr Friedman : exactement, toutefois il faut veiller à mettre en place des mécanismes qui pourraient, le cas échéant, éviter tout dérapage du gouvernement qui malgré les bonnes intentions demeure soumis à des contraintes politiques et électorales.

Mr contribuable : merci pour ces éclaircissements, Mr Friedman, il nous reste d’autres points à clarifier, mais je vois que vous êtes fatigué, alors je vous laisse rejoindre votre demeure en vous souhaitant bon séjour.




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